01/06/2012

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VATILEAKS ET CONSEQUENSES

 

Une semaine après l’arrestation du majordome de Benoît XVI, soupçonné d’être impliqué dans l’affaire dite des Vatileaks,, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a mis en avant le 30 mai la fermeté du pape dans cette affaire, et cela malgré sa « tristesse dans cette épreuve ». Quant à Mgr Angelo Becciu, il a mis en exergue la violence subie par tous les correspondants de Benoît XVI.

 

Lors d’une nouvelle rencontre avec les journalistes, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a assuré que les défenseurs du majordome pourraient demander qu’il soit assigné à résidence, à l’intérieur des murs du Vatican, puisque son domicile s’y trouve.

Sans vouloir accréditer la thèse selon laquelle il y aurait « un réseau » derrière cette affaire, le père Lombardi a affirmé qu’au-delà des interrogatoires en cours, il faudrait éclaircir les « responsabilités (…) y compris en rapport avec d’autres personnes ou initiatives au-delà de la situation de Paolo Gabriele ». La commission de trois cardinaux octogénaires, avec mandat pontifical, facilitera l’audition de hauts prélats.

 

Le père Lombardi a assuré que les appels à la démission du pape apparus dans la presse italienne ces derniers jours sous la plume de journalistes ne sont pas nouveaux et ne reflètent pas le sentiment de la curie et de l’Eglise universelle. Le directeur du Bureau de presse a également démenti un certain nombre d’informations parues dans la presse, telle que l’existence d’une liste de personnes impliquées ou un déjeuner de travail en présence du secrétaire d’Etat du Saint-Siège Tarcisio Bertone, du président de l’hôpital pédiatrique du « Bambin Gesù » Giuseppe Profiti et de spécialistes du monde de la finance, le 29 mai dernier.

 

Dans l’édition du 30 mai de L’Osservatore Romano, Mgr Angelo Becciu, substitut de la secrétairerie d’Etat, prend position sur les évènements qui ont eu lieu au Vatican ces derniers jours. Selon lui, malgré ces évènements, les personnes qui travaillent au Saint-Siège poursuivent leur mission avec détermination, décidées à « continuer leur service silencieux et fidèle envers le pape ». Même si « la pitié pour la personne impliquée » prévaut chez le pape, il demeure que « l’acte qu’il a subi est brutal ».

 

Les papiers « volés dans sa maison » ne sont pas seulement « une correspondance privée », mais « des informations, des réflexions, des expressions de conscience, et même des confidences » que le pape a reçues « en raison de son ministère ». A ce titre, les auteurs des écrits qui lui étaient adressés sont aussi victimes de « violence ». « On n’a pas seulement volé des papiers au Pape, mais on a violé la confiance de qui s’est adressé au Vicaire du Christ. On a attenté au ministère même du ministère du Successeur de Pierre. »

 

Même si la publication des documents a été justifiée par une volonté de « nettoyage » et de « transparence » dans l’Eglise, il est inacceptable de « voler« , ou même de prendre possession de « ce qui a été volé chez les autres« , car « il ne peut pas y avoir de renouveau qui piétine la loi morale ». L’archevêque a déploré « les modalités de l’information », qui « déchaînent les imaginations sans aucun lien avec la réalité », appelant les journalistes à un sursaut éthique.

 

Quant au cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, il vient de souligner, dans une interview, à quel point le choix des collaborateurs constitue un défi pour tout dirigeant, de l’Eglise comme de l’Etat. Le cardinal ghanéen réfute la thèse selon laquelle il y aurait trop d’Italiens dans la curie et dans le collège des cardinaux. De son côté, le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture, reconnaît l’existence de « problèmes » au sein de la curie romaine, tout en relativisant leur caractère exceptionnel.

 

Le plus inquiétant est que l’on constate qu’il est plutôt facile de tromper le pape. D’autre part, ces évènements ainsi que les multiples dérapages du pontificat de Benoît XVI font ressortir le fonctionnement archaïque du Vatican. Autant Jean-Paul II recevait de multiples invités pour se tenir au courant de l’évolution de la société civile et des paroisses, autant son successeur s’enferme dans une forme de contemplation permanente, coupé des réalités du terrain.

 

On est surpris d’apprendre que les dicastères ou ministères du Vatican ne communique quasi jamais entre eux. D’autre part, en plus des dissensions entre progressistes et traditionnalistes, on apprend aussi que le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège ne répond jamais aux évêques qui lui écrivent d’où la naissance d’une contestation croissante de leur part. Enfin, le fonctionnement de certains instituts du Vatican demeure opaque du point de vue financier.  

 

Si l’on sait depuis le début que Benoît XVI n’est pas un grand communiquant et que la charge papale lui pèse beaucoup, on sait également qu’il a hérité de son prédécesseur quelques cadeaux empoisonnés comme les prêtres pédophiles dont ceux des Légionnaires du Christ ou le manque de transparence de la banque du Vatican. A cela s’ajoute les tentatives de la mafia pour s’introduire dans les arcanes du Saint siège et les multiples dysfonctionnements de la nature humaine que sont les addictions ou dérapages affectifs parfois dénoncés des prêtres et gardes suisses.  

 

Alors que le but principal du pape était de rendre le Vatican plus transparent et de le purifier, il est clair que ce dernier a plutôt échoué dans sa mission d’où sa douleur actuel et quelques larmes versées récemment.

 

Vu son grand âge ainsi que celui de son Secrétaire d’Etat, il semble qu’il soit trop tard pour nettoyer les écuries d’Augias d’où des luttes de succession qui se sont déjà mises en place pour imposer un Italien plus au fait du fonctionnement de l’institution. Le problème est qu’il semble que la Curie n’ait pas conscience des dégâts causés par les récents dérapages, enfermés dans sa bulle et donnant l’impression de vivre que d’amour de Dieu et d’eau bénite….  

 

 

09:49 Écrit par Daniel

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